Le Courrier - Suisse

Dans le désert du Néguev, Israël continue à détruire les villages bédouins qu’il ne reconnaît pas. Plus de 70000 personnes sont encore menacées de déplacement forcé.

Dans cette région désertique du sud d’Israël, le village bédouin d’Al Araqib est devenu tristement célèbre en raison du nombre de fois qu’il a été démoli, entièrement ou partiellement, par les autorités: 99 fois depuis le 27 juin 2010. Les visites régulières du village l'attestent: maisons, tentes, infrastructures et bétails disparaissent progressivement. Les habitants sont aujourd’hui confinés autour du cimetière, preuve incontestable de leur ancienneté sur ces terres.

Pourtant, le gouvernement impose une amende de 50000 shekels (environ 12 800 francs) par jour pour chaque personne continuant à y vivre, et a déposé une plainte au tribunal de la ville de Beer-Sheva contre les résidents, exigeant qu’ils payent près de 2 millions de shekels (plus de 512000 francs) en compensation des frais liés aux démolitions.

«Nous avons les documents prouvant notre présence sur les terres d’Al Araqib depuis l’Empire ottoman; et pourtant cela n’est pas assez», explique Aziz Al Turi, résident du village. «Les autorités ne veulent pas de nous ici. Ils veulent remplacer le désert par une forêt et se débarrasser des Bédouins afin de faire place nette pour des colonies juives.»

Les autorités Israéliennes détruisent partiellement le village Bédouin d'Al Araqib pour la 56e fois en août 2013.

Le désert du Néguev a été déclaré terre domaniale par l’Administration des terres israéliennes (ATI) dans les années 1950 car, selon Israël, il était «abandonné». Les Bédouins n’auraient pas été en mesure de leur fournir les preuves suffisantes de leur établissement permanent. Ils ne seraient que des squatters illégaux refusant de payer le loyer exigé par Israël.

Quatorze mille déplacés en quatre ans
Ainsi, Al Araqib n’est pas reconnu, tout comme trente-cinq autres villages bédouins du Néguev, représentant près d’un tiers de la population bédouine de la région. Ces communautés ne figurent donc pas sur les cartes. Elles ne disposent pas non plus des infrastructures de base, aucun permis de construction n’étant délivré par Israël, a fortiori aucune aide de l’Etat. Les habitants ne sont pas connectés au réseau d’électricité, ne disposent en général ni d’eau courante, ni d’égouts pour les eaux usagées, ou encore d’écoles (sauf exceptions, faisant fi des interdictions).

Avant la première démolition, en 2010, plus de 65 familles vivaient à Al Araqib dans une trentaine de maisons entourées de jardins, des champs d’oliviers et d’arbres fruitiers, et de larges troupeaux. En 2016, il ne reste que 22 familles résidant dans une petite dizaine de structures.

Village Bédouin de Umm Batim non reconnu par les autorités Israéliennes et donc à risque d'etre détruit.

«Les terres du village ont été désignées zone de loisirs par l’ATI, et le Fonds national juif y a entrepris la plantation d’une forêt sur plus de 70 hectares. La ‘Forêt des ambassadeurs’ a été inaugurée en décembre 2005. Ils ont ainsi déraciné nos arbres afin de nous déconnecter de nos terres pour nous chasser, pour finalement y replanter une forêt», explique Aziz, amèrement.

Exemple extrême, le cas d’Al Araqib n’est pourtant pas isolé. L’ONG israélienne Adalah estime que 2200 maisons ont été détruites entre 2008 et 2011, entraînant le déplacement forcé de plus de 14 000 Bédouins. Les recours en justice de ceux-ci afin de faire reconnaitre leurs titres de propriété se heurtent systématiquement aux contre-revendications de l’Etat. Les procédures sont fastidieuses, coûteuses et n’ont à ce jour apporté aucun résultat positif.

Village d'Al Araqib démolit plus de 100 fois par les autorités Israéliennes depuis juillet 2010.

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Details:
Eloise Bollack / Le Courrier
June 20, 2016
Categories:
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Tags:
Bedouins
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Israel